François, sa femme et leurs enfants

Passant sur le parking à côté du stade, nous ne pouvons ignorer cette famille qui s’abrite sous une bâche entre un muret et une benne à ordures. Renseignements pris, nous décidons de les parrainer. François, la cinquantaine, est épuisé, sa femme est souvent malade, et les enfants en carence alimentaire. L’urgence : leur donner les moyens de se nourrir puis rapidement trouver une maison pour les loger. Cela reste notre priorité et notre principal souci.

Mars 2012. François est victime d'une agression alors qu'il revenait de conduire sa femme à la maternité. A son retour de l'hôpital, sa femme qui a perdu la tête, a quitté la maternité pour une direction inconnue. Va-t-elle retrouver l'endroit où ils vivent ? C'est désormais ce qui retient François de venir occuper la maison que nous lui avons trouvée à ANTSAHABE.

 

Août 2012. Devant les difficultés d'intégration au village, Eugénie trouve une autre maison pour François et ses enfants.

Suite à un premier déménagement non réussi, Eugénie réinstalle François dans la maison et l'assure de notre accompagnement dans ses difficultés quotidiennes.

Il semble cette fois avoir compris que nous ne les abandonnerons pas et se montre fier de son nouveau lieu de vie et volontaire pour trouver un travail.

Octobre 2012. Tout est à faire, l'équiper pour qu'il puisse cultiver la terre que lui a cédée son propriétaire, sécuriser les enfants apeurés par tant de changements, trouver un travail qui puisse les nourrir en attendant les récoltes. François est impatient et voudrait ne plus avoir besoin de notre aide supplémentaire pour assurer ses repas quotidiens.

Le 10 novembre, François est au rendez-vous d'Ambohijatovo préalablement pour se rendre au dispensaire, remplacé par l'audition à la radio nationale. Il parait heureux d'intervenir dans les questions posées par la journaliste. Toutefois nous constatons ses enfants figés sur place tout le long de l'enregistrement. Il promet et revient la semaine suivante pour le bilan de santé et l’adhésion au dispensaire.

Début janvier 2013. Voici le mail que m'envoie Eugénie :

"J e suis très contente quand un inconnu m'interpelle pour me dire qu'il connait FANIRY et qu'il la voit souvent assise sous un arbre. Je ne le connaissais pas mais lui savait qui j'étais. Comme ce jour là  je travaillais je n’ai pas pu le suivre tout de suite. Quand je rentrais, je l'ai croisé sur l'escalier et l'ai suivi à ce moment là jusqu’au pied de l'arbre en question mais personne. Je cherchais aux alentours en vain.  Je demandais  donc à l'homme de m'appeler au cas où il reverrait Faniry. Au petit matin, je rôdais autour de l'arbre à Anosy  et  revenais sur les lieux le soir encore et ce pendant 5 jours mais je rentrais chaque fois bredouille. Après une semaine , l'homme a pris la décision de m'aider et de la ramener chez lui quand il la verrait mais le lendemain elle n'était pas là.

Pourtant le même jour alors que je rentre chez moi, je franchis à peine la porte que le téléphone sonne. Je reviens immédiatement sur les lieux, elle était là à m'attendre,  elle s'approche de moi pour me prendre la main et me dit "j'étais à l’hôpital quand il m'a quitté"

Je l'ai ramenée chez son mari et ses enfants qui sont restés sans voix ".

Espérons que les retrouvailles avec sa famille lui permettront de retrouver ses repères.

 

Avril 2013. François n'arrive pas à s'adapter à vivre dans une maison et ne se résout pas non plus à trouver un travail. Il désire revenir près de "sa benne à ordures" où il a ses repères. Nous nous montrons déçues mais respectueuses de son choix. Nous l'assurons de sa subvention et gardons un oeil sur ses besoins, restant prêtes à recommencer une tentative de socialisation dès qu'il le souhaitera. Nous insistons  pour qu'il puisse envisager un avenir meilleur pour ses enfants. Il sait qu'il peut compter sur notre accompagnement.
 
Août 2013. Eugénie attend le résultat du jugement supplétif pour obtenir l'acte de naissance des enfants,  et pour cela il faut cinq témoins. C'est long et difficile mais c'est nécessaire pour l'avenir.

Septembre 2013. François est un peu perdu (ou très malin!) : il dit que sa femme est enceinte mais elle ne l'est pas, qu'il cherche une petite maison à louer mais a voulu partir de celle que nous lui avions trouvée. Nous attendons de voir sa bonne volonté et restons vigilants pour les enfants, axant surtout sur l'établissement de leur acte de naissance pour pouvoir les scolariser.

Décembre 2013. Une école maternelle religieuse proche a bien voulu s'occuper des enfants en attendant leur acte de naissance. Mais leur état rend l'insertion difficile, ils ne parlent que lorsqu'ils sont près de leur père et de "leur benne à ordures", gage de sécurité semble-t-il.

Mai 2014. De retour à Tana, je distribue la subvention et fais le point avec lui. Il a fait baptiser ses enfants ce dimanche pour lesquels nous avons donné des vêtements.

On l'encourage à chercher une petite maison pour que ses enfants scolarisés chez les soeurs ne soient pas exclus à cause de leur extrême précarité. Il ne profite pas du dispensaire, il est trop loin. Le prêtre s'occupe de l'acte de naissance des enfants ce qui permettra de les placer. L'un des enfants nous raconte qu'il aime aller à l'école. Eugénie lui parle de l'article où apparait François, qu'elle a lu dans le journal. Il se plaignait de n'être pas aidé mais il prétend que c'est le journaliste qui a changé ses propos.

Novembre 2014

Les actes de naissance ne sont toujours pas là et François et sa famille sont toujours sous leur bâche.

Mars 2015

Eugénie nous raconte sa rencontre avec François qui, toujours près de la benne à ordures, avec sa famille se confond avec ce qui est autour, boue, eau sale, ordures, tellement ils sont très sales.

Octobre 2015

Mais François repousse toujours l'idée d'autoriser Eugénie à placer ses enfants en internat. Et elle n'a toujours pas leur acte de naissance...

Février 2016

Devant l'évidence que la subvention donnée à François sert essentiellement à boire et voyant qu'il ne veut pas se séparer de ses enfants qui sont pour lui une source de revenus, nous le recommandons à la responsable de la SPDTS pour agir auprès de lui et ainsi permettre à ses enfants de se sociabiliser. Pour cette famille, nous touchons là les limites de nos possibilités.