Doris et ses enfants

A 29 ans, elle a les plus grandes difficultés pour nourrir ses cinq enfants, et a été amenée à se prostituer. Souvent en danger, elle a eu besoin de son fils pour « la protéger » ce qui l’a amené à abandonner l’école. Eugénie a attiré notre attention afin de préserver l’enfant et aider la mère.

Nous lui avons proposé un parrainage lui signifiant les conditions à remplir pour bénéficier d'une aide mensuelle : laisser Fanekely (né en 1995) retourner au centre, quitter la prostitution, trouver une maison et scolariser tous ses enfants. Elle accepte.

De bonne volonté, elle a trouvé une maison à louer et des lessives à faire. Elle a scolarisé ses enfants plus jeunes (2002/2005) et a laissé les deux aînés au centre.

Un soir, Doris vient nous voir avec son fils pour nous dire qu'elle a été agressée. Compte tenu de ses difficultés, par rapport à ses antécédents, à ses enfants pour lesquels elle veut une vie meilleure, Eugénie lui propose de chercher un centre où elle pourrait suivre un apprentissage en même temps que la scolarisation de ses enfants, lui donnant ainsi cadre et protection, et les bases d'une vie autonome. Eugénie a monté un dossier et après quelques semaines d’attente, nous apprenons qu’elle est acceptée et qu’elle s’installe dans sa nouvelle vie. 

Mais, suite à un appel téléphonique nous apprenons que le responsable de l'ONG a gelé les insertions à cause de la crise. Doris ne pourra donc pas intégrer la formation même si son dossier a été accepté.

Mars 2012. Après de multiples démarches et des cadeaux distribués au village, nous installons Doris à ANTSAHABE en lui faisant un apport de matériels. Nous faisons poser porte et volets manquants. Peu à peu, elle s'installe et prend l'initiative de créer sur place une petite échoppe vendant café et bouillon à la population locale.

Son échoppe n'a pas le succès attendu et les petits travaux qu'elle enchaine ne lui donne pas satisfaction.

Ce printemps 2012, elle a du mal à s'intégrer au village et les villageois lui font sentir qu'elle n'est pas la bienvenue. Nous la mettons face à ses responsabilités, compte tenu des moyens que nous lui avons donnés, il lui incombe d'en faire bon usage.

Octobre 2012. Alors que nous la rencontrons pour lui donner sa subvention et questionnée sur la scolarité de ses enfants, elle dit qu'elle n'a pas leur état civil puisqu'elle-même n'en a pas. Faire les démarches est quelque chose de très difficile pour elle puisqu'elle est complètement illettrée. Nous cherchons comment nous pouvons l'aider.

Le 10 novembre, Doris est venue avec ses enfants à l' enregistrement radio. Les enfants ont beaucoup participé et ont été très heureux. Nous nous sommes rendus ensuite à l'endroit où ils habitent depuis peu de temps, à côté du "marché international", quartier chaud de Tana où la rue bordant un canal est couverte de détritus telle une décharge. Ils vivent au 1er étage d'une maison en bois que l'on atteint par un escalier très pentu et dangereux. La pièce dans laquelle on arrive est ajourée et doit laisser passer la pluie. Mais je tiens à  honorer son courage et sa détermination à rebondir après l'inconscience qu'elle a eue au village. Elle fait des ménages toute la journée et gagne 60 000 ariary par mois. Julio est interne aux "Enfants du soleil"

Le 17 novembre, Doris et ses enfants sont présents au bilan de santé, Fanekely et Julio me sont complètement dévoués pour m’aider à porter les sacs, à marcher dans la rue. Doris est heureuse de l’aide médicale, l'attention du docteur est attirée par le problème de Fanekely. Il doit le revoir.

 

Avril 2013. De petits boulots en petits boulots, elle vit mais est dépassée par ses enfants. Fanekely va être déjà papa à 16 ans avec une fille de 14 ans, sans revenus ni toit: ils dorment sous les étalages des marchands du jardin d'Ambohijatovo. Fanekely a "choisi", nous lui avions proposé des études, une formation, il a refusé. Son frère a arrêté sa scolarité également. Reste les plus jeunes sur lesquels nous reportons notre attention.
 
Septembre 2013. Trois des enfants de Doris, Nasolo, Nasaina, Javotra, ont été acceptés à l'internat de Manaode. Eugénie a pu obtenir leur acte de naissance et leur fournir le nécessaire obligatoire: uniforme, fournitures scolaires. Doris est très contente, c'est la première fois que ses enfants iront à l'école.
 
Fin novembre 2013. Les enfants sont fiers d’être en internat . Eugénie a rencontré le père des enfants. Peut-être pouvons-nous espérer un regroupement de la famille ?
 
6 mai 2914. En visite à Manaode, nous sommes reçues par la directrice Madame July. Elle nous parle des enfants qui réussissent très bien à l'école et ne posent aucun problème.
Nous les rencontrons au moment du goûter, ils sont bien tenus, heureux, ils reviennent chez leur mère chaque week end. Un médecin passe au gite une fois par mois pour vérifier leur état de santé. L'internat est assez éloigné de l'école, ils font le trajet à pied ensemble.
Trois jours après, nous rencontrons la mère à l'hôtel. Elle a un visage tourmenté, les yeux rouges. Je soupçonne des mauvais traitements mais elle nie complètement. Pour elle, tout va bien excepté le fait qu'elle doit déménager car le propriétaire veut reprendre son bien pour ses enfants. Elle avoue qu'elle boit quand ça ne va pas. Les enfants sont venus avec elle. Elle est très heureuse du placement de ses enfants et du travail qu'ils font en classe.
 
Deux semaines plus tard, nous rencontrons Fanekely, l'ainé des enfants, à Ambohijatovo. Depuis l'année passée, il a quitté le domicile de sa mère. Il fait des petits boulots pour nourrir sa famille, son fils Tolotra né le 14 juillet 2013 a neuf mois et se porte bien. Lui-même a toujours des problèmes osseux. Il dort dans la rue avec sa compagne et son bébé car il ne gagne pas assez pour payer une location. Il est heureux qu'on lui propose une formation pour trouver un vrai travail, il voudrait apprendre la mécanique auto. Sa seule retenue : nourrir sa famille pendant ce temps, ce que nous décidons de prendre en charge. Nous allons donc monter un dossier pour son acceptation au CDA.
Eugènie nous raconte l'histoire de cette famille. Elle a d'abord connu Fanekely alors qu'elle était éducatrice à l'espace Jeunes. Il disait aux autres " voilà, c'est ma maman", il avait douze ans. Il se faisait remarquer en classe par son intelligence et sa fierté. Sa mère, pour faire vivre ses enfants, travaillaient comme prostituée la nuit et Fanekely lui servait de garde du corps. C.est à ce moment là que l'association a voulu les aider.
Avant mon retour en France, cherchant à rencontrer Doris depuis quelques jours, elle vient enfin nous rejoindre avec sa fille et son fils cadet. Nous la soupçonnons d'avoir repris ses anciennes activités de prostitution. Eugénie traduit : nous ne voulons pas interférer dans sa vie intime, elle a le droit de choisir mais nous la mettons en garde sur la mauvaise influence qu'elle aurait dans ce cas auprès de sa fille qui devient une charmante jeune fille. L'association agissant pour le bien présent et avenir des enfants, ne veut en aucun cas cautionner une telle chose et se verrait dans l'obligation d'arrêter son aide. Elle a juré sincèrement n'avoir repris aucune de ses activités anciennes, elle dit avoir un petit copain mais que ses enfants n'ont pas encore rencontré. Elle répète qu'elle veut protéger sa fille par dessus tout. Elle reconnait être venue en état d'ébriété la fois précédente mais promet d'éviter de boire à l'avenir. Son propriétaire l'a expulsée pour loger son fils et lui a donné en échange un autre logement qui ne lui convient pas. Elle cherche à déménager. Elle nous dit que les revenus sont modestes actuellement et que le froid arrivant, elle aurait besoin d'acheter une couverture pour les garçons qui couchent au sol. Nous lui donnons le nécessaire.
 
Novembre 2014.
 
Elle a trouvé une maison pour déménager mais a besoin d'un coup de pouce financier pour y accéder. Nous l'aidons volontiers d'autant plus qu'elle n'est pour rien dans ce qui lui arrive. Ses enfants, toujours chez MANAODE, poursuivent normalement leur scolarité. Fanekely qui est parti pour "fonder" son propre foyer et à qui nous avons cherché une formation à donner, a accepté d'être en liste d'attente à l'ASA pour une formation dans le milieu rural.
 
Février 2015
 
Au rendez-vous donné par l'ASA pour partir pour une formation en milieu rural, Fanekely ne s'est pas présenté. A-t-il craint l'éloignement en milieu inconnu ?
 
Mai 2015
 
Fanekely est d'accord pour une suivre une formation et nous relançons l'organisme que nous avions contacté pour qu'il accepte son dossier. Julio, lui, aimerait entrer chez Don Bosco. Eugénie s'emploie à faire le nécessaire dans ce sens. Doris, déchargée de ses trois autres enfants placés chez Manaode, est retournée vivre avec leur père. De nouveau, avec des bagarres incessantes, elle est souvent battue et Eugénie la rencontre un jour, le visage boursouflé par des coups de cuter. Pour protéger les enfants, Eugénie intervient alors auprès de Manaode  qui les garde désormais au centre le week end. Elle prévoit d'insister auprès de Doris, maintenant sans charges scolaires, pour qu'elle trouve un travail, ainsi qu'une petite maison qui lui permettra de recevoir ses enfants correctement. Nous attendons le résultat de leur rencontre.
 
Octobre 2015
 
La visite de Simon, un adhérent de l'association, a permis à Doris d'avoir le coup de pouce nécessaire pour trouver une petite maison. Par ailleurs, Julio est rentré le 5 octobre au centre Don Bosco à Yvato pour une formation de 3 ans en mécanique. Fanekely, de son côté, est actuellement introuvable alors qu'il était enthousiaste pour suivre une formation de 3 mois. Eugénie met tout en oeuvre pour le retrouver et comprendre ce qui se passe.
 
Février 2016
 
Sur place avec Eugénie, Fanekely ne nous a pas recontactées. En visite à Manaode avec Eugénie, nous nous entretenons avec l’assistante sociale qui nous dit que les enfants sont stables, studieux même si Nasolo est quelques fois en révolte surtout quand elle doit rentrer chez sa mère qui la frappe quand elle ne veut pas faire ce qu’elle lui demande. Elle préfère aller chez la soeur de son père, celui-ci se montrant très responsable, sérieux, travaillant comme cordonnier au quartier de la «Petite Vitesse». La question est posée pour la présentation à l'examen du CEPE, étant donné qu’elle est en limite d’âge. De toutes façons, elle poursuit ses études. L’assistance sociale nous confirme que Doris a bien en charge les frais minimes de cantine comprenant l’adhésion à l’association de parents d’élèves en vue d’un projet HUMO.

D'autre part, Eugénie est contactée par Don Bosco pour l’acte de naissance de Julio, nécessaire pour passer son examen. Après maintes démarches, la mère ne se souvenant pas de sa date de naissance, et ne trouvant rien, Eugénie contacte Don Bosco. Un jugement supplétif sera nécessaire et en attendant il convient d’encourager Julio à bien travailler pour passer en classe supérieure malgré le fait qu’il ne pourra passer son examen.

Septembre 2016

Nasolo toujours première de la classe rentre en  8°,  Nisana et Avotra  en classe de 9°. Cet été, ils sont partis une semaine en colonie de vacances avec l' association ManaoDE dans l'Est de Madagascar (Tamatave et Foulpoint).Mais Nasolo refuse de rentrer chez sa mère. Elle rejoint la famille du père le week end, souvent avec ses frères. C'est le père qui s'occupe des enfants,  C' est lui qui a payé la cantine scolaire et il participe aux réunions du centre. La prochaine rentrée a lieu le 2 octobre. 
 

Octobre 2017

Julio travaille au parking d’Ambojatovo et Doris continue des travaux de manutentionnaire. Elle vit à 67 HA. Les enfants sont à Manaode et travaillent bien en classe.

 

Août 2018

Nous recevons régulièrement des nouvelles des enfants, leurs résultats scolaires sont excellents. Nous avons même quelques dessins de Nasolo et quelques mots de sa part que nous transmet Manaode.